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e-Justice, le point de vue de Sumi Saint Auguste
18 Avril 2019 par eJust
EJust

Sumi pilote le Lab Innovation du groupe Lefebvre Sarrut.

Comment Lefebvre Sarrut s’organise-t-il pour répondre aux transformations du marché du droit ?

Lefebvre Sarrut emprunte plusieurs voix qui toutes visent à développer une culture de l’innovation au sein du groupe. C’est notamment le rôle de l’innovation Lab que je coordonne pour le groupe. L’Innovation Lab a été créé en 2018 par Olivier Campenon, président du Directoire, avec la volonté que Lefebvre Sarrut embrasse les défis nombreux qui se présentent et dessine un rôle nouveau dans l’économie de la connaissance. Le Lab est ainsi l’une des entités qui ont vocation à booster la culture de l’innovation au sein du Groupe, et en accompagner la transformation profonde et par là, celle de nos clients sur les différents marchés où nous agissons.
Il se situe du côté de la prospective et de l’expérimentation précoce. En clair, il s’agit de s’intéresser au client de demain et d’imaginer ce que nous aurions vocation à lui proposer pour anticiper ses besoins.

Concrètement comment faites-vous pour prioriser les sujets d’innovation ?

Concrètement, il va s’agir de :
• prospecter : comprendre les tendances de fond qui transforment nos métiers, détecter des signaux faibles, émettre des hypothèses de scénarios pour anticiper les évolutions futures de nos métiers ; on va s’intéresser par exemple à ce concept nouveau et déterminant de formation tout au long de la vie et à la façon dont les nouveaux dispositifs autour du CPA (compte personnel d’activité) vont transformer cette mission au sein des entreprises et des RH.
• designer : à partir de ces scénarios, tirer des fils et imaginer de nouvelles offres et de nouveaux projets. A ce stade, il s’agit d’éprouver des concepts, littéralement. Si ceux-ci sont jugés prometteurs, alors on poursuit l’expérimentation en se rapprochant de notre R&D, ou encore de partenaires extérieurs le cas échéant ; ces sujets peuvent avoir trait par exemple aux environnements de travail et de production de document juridique chez nos clients avocats ou juristes en entreprise.
• disséminer : diffuser et partager ses travaux au sein du Groupe et au-delà. Communiquer en tant que Lab d’innovation d’une grande entreprise, ce n’est pas à mon sens de l’Innovation washing comme on peut le lire parfois ; c’est un dessein plus fondamental à savoir, garantir qu’elle soit absolument l’affaire de tous au sein de l’entreprise, et pousser aussi un discours sur l’innovation que l’on veut pour nos métiers et pour l’exercice du droit, alignée sur nos valeurs et notre raison d’être. Disséminer peut aussi prendre la forme d’un accompagnement d’acteurs tiers, comme au sein de l’accélérateur Lefebvre Sarrut monté en partenariat avec Village By CA ou d’une animation de communautés à l’extérieur du groupe, tel que je le mène au sein de l’association Open Law dont je suis VP.

À ce double titre, quels conseils donneriez-vous aux acteurs du marché du droit et de la justice pour intégrer l’innovation ?

Tout d’abord, il est primordial de bien se connaître, de savoir quelle création de valeur et quelle promesse on est légitimes à porter dans l’industrie du droit, même si fondamentalement il est question de disruption et de développements transformant potentiellement notre identité présente. Une valeur-clé à ce stade est la sincérité dans la démarche, dans les choix, et son corollaire est une transparence et une lisibilité de nos actions, en interne comme pour nos clients et partenaires.
Un autre élément fondamental me semble être l’audace. Nous vivons aujourd’hui une transformation étourdissante de l’exercice du droit et de la justice. Des paris sont pris sur l’avenir et c’est aujourd’hui que les usages nouveaux s’inventent, et qu’alors on mesure le rôle que nous avons tous à jouer, industriels, entrepreneurs, professions juridiques, dans ces évolutions et infléchissements.

Enfin, les logiques d’écosystème sont celles que l’on voit à l’œuvre dans d’autres secteurs industriels. Clé de voûte de ces logiques : l’ouverture.

En quoi l’ouverture vous semble-t-elle un enjeu dans cette transformation du marché ?

Il est primordial aujourd’hui de penser l’ouverture comme un levier de croissance et d’innovation, d’abord parce que les investissements nécessaires invitent à se rapprocher d’autres acteurs complémentaires par exemple pour rester compétitifs face à des acteurs anglo-saxons, aussi parce que la digitalisation (que je comprends à la fois dans ses dimensions de plateformisation de l’expérience et d’algorithmisation des processus) nous incite fortement à ouvrir notre champ de vision, à nous décentrer, à entendre et assimiler les ruptures dans les usages du fait du numérique, partout où elles opèrent.
C’est en effet un changement paradigmatique qui advient : des nouveaux modèles d’affaire, une attention nouvelle portée à l’expérience client, des processus de travail et des organisations profondément refondus, une redéfinition du viatique de compétences attendues dans le monde du travail… On doit ainsi envisager que l’exercice du droit et de la justice soit demain radicalement nouveau ; l’ingénierie de ces nouvelles pratiques professionnelles s’initie maintenant et c’est passionnant d’en être les acteurs.

Comment le Lab prévoit-il d’accompagner le marché dans cette mutation ?

Comme évoqué précédemment, le Lab entreprend également d’accompagner des acteurs tiers, en mentorant des étudiants, qu’ils soient dans un projet d’entrepreneuriat ou qu’ils se posent la question de leur avenir de professionnel du droit, et désormais en accélérant des start-ups, avec un programme lancé il y a quelques semaines sous la forme d’un appel à candidatures et qui démarre véritablement ces jours-ci, avec les quatre lauréats du concours. Plusieurs autres démarches que ces deux-ci sont sans doute à rechercher, car c’est la multiplication des formats, autant que le cheminement, ou work in progress, qui permettent, par des itérations et de l’expérience, de croître et de se réinventer.

Ce programme d’accélération nous permet de nous ouvrir avant tout à une culture entrepreneuriale différente, ce qui est généralement mis dans la balance de ces dispositifs d’accélération qui permettent une véritable cross-fertilization, du côté de la jeune pousse comme de l’entreprise. Sur le choix des quatre sociétés accélérées enfin, il nous semble que chacune à sa façon, s’aligne avec cette notion de connaissance augmentée qui fonde notre stratégie, à savoir une approche intégrée, servicielle, de l’information, rendue opérationnelle.

On espère vivement faire de cet accélérateur legaltech et regtech un pôle vivant et attractif pour d’autres acteurs encore, que nous savons compatibles avec nos valeurs et notre éthique autant que notre motivation à faire bouger les lignes.


Sumi Saint Auguste

Sumi pilote le Lab Innovation du groupe Lefebvre Sarrut et, outre ses missions de prospective, coordonne les travaux de l’accélérateur Lefebvre Sarrut, en partenariat avec Village By CA Paris, qui accompagne quatre start-ups pour une durée de deux ans.

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